Je suis toujours Charlie

Huit mois après les attentats odieux commis dans les locaux de l'hebdomadaire satirique, Charlie Hebdo fait toujours grincer des dents. Le journal Slate fait une synthèse du point de vue des détracteurs et empêcheurs de se moquer en rond.

Charlie Hebdo, on aime ou on n'aime pas ; les goûts et les couleurs... Mais la liberté d'expression, on n'y touche pas !

et après ?

Dix jours après l'innommable, comment continuer à vivre son quotidien en faisant totalement abstraction du passé ? Entrer collectivement dans une psychose semble-t-il la meilleure attitude ? Je n'en ai pas le sentiment, mais il demeure néanmoins vrai que chaque citoyen ne peut faire l'objet d'une surveillance individuelle au nom d'une quelconque politique de prévention des risques ! Bienvenue dans le monde d'Orwell et réécrivons ensemble - ou mieux déclinons ensemble - son roman "1984".

Alors quoi ? Le monde se répartit en deux camps : celui prônant une liberté d'expression totale et entière et celui d'une liberté, certes, mais à condition que l'on ne touche pas à ce qui lui est précieux. Mais au bout du compte, l'un et l'autre de ces mondes ne défendent-ils pas les mêmes idées ? D'un côté une idée de la liberté sans tache, où chacun peut (à peut près) faire et dire ce qu'il veut ; de l'autre, une vision de la liberté où les droits sont les mêmes, faire et dire librement, mais où les gestes et discours sont soumis au droit moral supérieur - celui des autorités, quelles soient civiles ou religieuses, ou autres ! Ironiser, médire ou dessiner sur tout et n'importe quoi heurte une morale de bon aloi, et réclame en conséquence vengeance. John Stuart Mill aurait dit que "la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres".

L'escalade paraît désormais inévitable. Les intérêts des uns vont contre l'intérêt des autres et vice-versa. Jusqu'où devrons-nous aller dans nos jeux de guerre ? Après des milliers d'années de guerres civiles, religieuses, fraternelles, pour des raisons futiles et parfois sans raison, l'homme - l'Homme - reste toujours aussi con ! Et ce trait de caractère demeure, lui, universel.

Je suis Charlie

A travers l'acte odieux et innommable perpétré contre Charlie Hebdo, c'est ma propre liberté qui est meurtrie.

La barbarie a aujourd'hui deux visages, faciès de deux hommes qui se sont mis au ban d'une société dont ils ne comprennent visiblement pas les rouages.

"Liberté d'expression" ne doit pas faire partie de leur vocabulaire et doit être une notion trop compliquée pour leur esprit atrophiés, tant il est vrai que pour les simples d'esprit, la liberté peut engendrer une perte de repères alors que l'univers carcéral, fait de murs et de règles strictes, semble tellement rassurant !