Les couleurs de la révolte

Les couleurs sont à la mode. Après les bonnets rouges - dont le plus célèbre reste celui de Jacques-Yves Cousteau-, les gilets jaunes fleurissent sur les ronds-points et dans les rues, pendant que certains foulards rouges ornent ces mêmes lieux. Signe des temps, l'attribut coloré traduit l'appartenance à un groupe social qui se reconnaît des intérêts communs. Et tous ses membres revêtus de cet objet colorés, le groupe peut exister et ce confronter aux autres groupes, dès lors porteurs d'une couleur dite politique - qui ressemble évidemment à un hémisphère parlementaire - sans attribut spécifique.

Il est essentiel de noter également que, contrairement à nombre de milieux naturels, les couleurs contestataires et politiques ne se mélanges pas ! Un gilet jaune accouplé à un bonnet rouge ne donne pas de orange. Un extrémiste de droite - bleu donc - accouplé à un républicain marcheur - jaune si j'en crois la représentation hémisphérique - ne donnera pas naissance à écologiste vert. Les couleurs sont bel et bien étanches les unes aux autres. Ce qui est, nous en conviendrons tous, regrettable. Un monde coloré est certes des plus réjouissants, un monde pacifié est, par nature, apaisant.

Pourquoi donc se priver de cette perspective de mélange, de mixité, de brassage, d'hybridation, de croisement, d'entremêlement, de pêle-mêle, de pot-pourri, de mixtion, de panache - et bien d'autres encore qui témoignent de la richesse possibles des associations - qui rendrait si beau un quotidien qui aurait une fâcheuse tendance à incliner vers le brun et le noir ?

Où étions-nous ce 9 novembre 1989 ?

Question qui oblige à un travail de mémoire au sens propre du terme : rechercher dans son passé ce que je faisais ce jour-là, ou pour être exact, dans la nuit du 8 au 9 novembre 1989. Pourquoi à ce moment, et quel rapport avec un quelconque évènement ? "La chute du mur de Berlin". Elle est là l'Histoire, avec un grand "H".

"Mur de la honte" pendant près de 30 ans, symbole de la guerre froide entre deux blocs idéologiquement opposés, la chute du mur de Berlin marque évidemment la fin d'une époque et un nouveau départ dans un histoire contemporaine que les moins de 25 ans ne peuvent avoir connue. D'aucuns diraient que la chute du mur est la touche finale, la marque définitive, de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi pas...

Où étais-je ce 9 novembre 1989 ? Il y a des dates que l'on ne peut oublier : ce jour-là, je me suis réveillé à 20 000 km de la France - et de l'Europe - après un voyage de 22 heures. J'avais quitté ma terre natale quand les tensions à l'est de la vieille Europe laissaient espérer un dénouement heureux. J'ai posé le pied à Tahiti sans savoir que le mur était tombé, ouvrant de fait la brèche qui allait faire s'effondrer le bloc soviétique et ouvrir au monde un autre équilibre : l'opposition est/ouest est devenue nord/sud, l'internet est entré dans nos demeures, et notre vision du monde a nécessairement évolué. 22 heures pendant lesquelles la face du monde a changé. 22 heures de vol qui m'ont laissé un étrange sentiment de ne plus être dans la réalité. Le 9 novembre 1989 je étais... nulle part.

 

Quelle évolution pour l'espèce humaine ?

Après les Oscar, les César, les Gérard, et autres prix Nobel et consort, de nouveaux prix sont décernés de manière tout à fait remarquable (au premier sens du terme : qui se remarque) : à titre posthume. C'est notamment le cas du prix Darwin, décerné à toute personne ayant fait preuve de discernement en faveur de l'évolution de l'espèce humaine, en d'autres mots, au plus imbécile qui s'est auto-détruit sans que personne ne le lui demande. Et la liste est édifiante !

Le site français retrace nombre de performances au terme desquelles les protagonistes se voient décerner ce prix témoin de l'extinction de la bêtise humaine. De Gaulle en son temps avait répondu, à un quidam qui hurlait sa joie de le rencontrer en disant "mort aux cons" : "vaste programme". Il avait certainement une bonne idée du travail à accomplir, et savait peut être déjà que certains s'auto-éliminaient ; sa pensée devait donc être orientée vers ceux qui restent sur leur quant-à-soi...