Quelle peste !

Quelle peste ! L'origine de cette expression généralement utilisée pour désigner une personne qui nous est pénible, voire insupportable au sens premier du mot, vient certainement de loin, de l'enfer même de la peste. Camus entraîne le lecteur dans cet enfer, où toutes les émotions humaines sont mises à mal, un peu comme en temps de guerre, avec une quasi certitude : tout le monde ne pourra y échapper.

Le récit, publié en 1947, est ancré dans son époque - il se déroule en huis clos à Oran, ville de l'Algérie française en ces temps-là - mais pourrait sans difficulté être transposé de nos jours dans le cadre d'une épidémie si peu lointaine, comme celle qui a marqué l'Afrique de l'Ouest il y a peu avec le virus "Ebola".

Camus décrit un combat, une guerre contre l'autre, quel que soit cet autre. L'injustice, les défections, les victoires et les défaites ne manquent pas au tableau sombre que dessine l'auteur qui reste, au fond, très humaniste.

Une chute de près de 70 ans !

Venez, venez lire ce témoignage troublant d'un homme qui se confesse avec ferveur dans ce texte si moderne ! Ayez le courage d'affronter le requiem d'un homme qui se proclame pénitent pour mieux juger. Car ne vous en déplaise, vous serez jugé.

Le discours, plus exactement le monologue, long, continu, captivant, du narrateur est empli d'un malaise constant jusqu'au bout du livre. En langage verbeux, usant à juste titre d'un subjonctif bien placé, tel qu'il devrait être utilisé encore aujourd'hui par tous, le texte se décline tantôt dans une atmosphère de franche camaraderie, tantôt avec une envie encore plus franche de quitter là cet être malsain.

Ce malaise transpire en toile de fond de cette chute, qui n'en est pas une mais qui se veut un simulacre non assumé. En quelques pages, Camus met à mal - avec une vision du verre à moitié vide - la condition humaine face à ses incohérences et ses turpitudes existentielles.

L'étranger

"Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas."

Tout est dit dans cette phrase, première du roman d'Albert Camus : "L'étranger".

Je rattrape ici un retard, je le confesse qui confine au handicap, en découvrant ce roman qui cumule à lui seul nombre de points remarquables : premier d'un auteur qui recevra le prix Nobel de littérature, classé à la première place des romans français et parmi les 100 meilleurs romans au niveau international... Ce ne sont là que quelques faits, mais ils mettent haut la barre pour la concurrence !

Je ne peux m'empêcher de mettre en toile de fond la ville d'Alger filmée dans un vieux standard "Pépé le Moko", tourné quelques années avant l'écriture de cet ouvrage. La nonchalance portée par le héros, qui ne s'encombre pas de faux-semblants, renvoie à des années en arrière où les heures s'égrenaient d'une autre manière...

...et le 13 octobre, the winner is...

...Bob Dylan, pour le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son oeuvre, témoignage d'une société en mutation.

A n'en pas douter, la décision du comité Nobel est vexatoire pour bon nombre d'écrivains qui découvrent - comme tout le monde en fait ! - que le très prestigieux prix Nobel fait preuve de modernité. Les troubadours entrent au panthéon des nobellisés et leur art - la chanson (à texte) - est reconnu comme majeur dans le monde de l'écriture. La concurrence devient rude dans le monde de la plume, qui désormais peut s'accompagner à la guitare.

Au-delà de ces considérations, il faudra évidemment éviter les raccourcis ridicules : les lolitas devront encore faire leurs preuves pour briguer ce titre envié, et rester pour un temps encore dans la cour des Machins Awards.